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Les surnoms

  • Photo du rédacteur: Anne Amram
    Anne Amram
  • 22 déc. 2025
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : 31 déc. 2025

Le 16 décembre 2025, David (Sr), - que son âme soit avec lui, - est parti ailleurs, dans ce monde dont on espère qu’il est sans souffrance.

Les surnoms, les siens et ceux qu’il donnait aux autres, se sont taillés une place de choix dans sa vie.

Le premier surnom que je lui ai donné, c’est « ha rak ekhad leval sheli », soit « mon seul et unique », cela sonne un peu comme un trône et, à la réflexion, cela lui correspond bien. C’était le roi que j’avais choisi, pour les bons et mauvais jours.

Par contre, lui, m’avait affublée du terme moins glorieux de « Iraki pijama », soit le pyjama irakien. Il est vrai que, dès que je rentrais du boulot, j’enfilais mon pyjama. Tout comme ces Juifs irakiens émigrés en Israel au début des années ’50, qui, à la fin de l’après-midi, se mettaient en pyjama et s’installaient sur leur balcon pour voir passer les gens. Sauf que moi, je ne me suis jamais mise sur le balcon ; d’ailleurs, nous n’avions pas de balcon.

David a été ensuite « l’étranger ». L’Irak, Israel, puis la Belgique. A Bruxelles, il ne détonnait pas. C’est à Overijse, en 1974, où nous avons vécu trois ans, que nous avons pris conscience de notre statut d’étrangers, (moi aussi avec ma langue de Voltaire). En 1977, la Wallonie, enfin. Pour ma part, me voilà revenue au bercail. Mais, dans ce monde rural, où les mœurs étaient enracinées dans la terre de la tradition, l’arrivée de David a créé le buzz, il est devenu « l’étranger ». Cette fois, c’était sans la moindre trace de méchanceté. C’était même un peu un signe d’affection. Il faut reconnaitre que David avait une facilité d’intégration extra-ordinaire (sauf dans la groene gordel). Il est rapidement devenu plus belge que belge, je dirais même plus wallon que wallon : buveur de Maredsous, mangeur de frites et de charcuterie ardennaise. Ne voyez là aucun stéréotype.

En 1987 : Jambes. Dans la rue Antoine, David est devenu « le professionnel ». Dans une rue où chaque voisin méritait mille fois cette qualification, c’est David qui s’est ainsi auto-proclamé. Lui, qui n’avait qu’une boîte à outils dérisoire. Nous devions être le seul ménage où la foreuse n’a jamais foré quoi que ce soit, où les tondeuses tombent toutes en panne, où les taille-haies s’automutilent le câble, où les pulvérisateurs pour jardin ne fonctionnent pas. Ces dialogues, je m’en souviens encore :

-            David, tu peux forer un trou pour que j’accroche ce cadre ?

-            La foreuse n’est pas chargée

Ou

               Je n’ai pas les mèches qu’il faut

-            Utilise un marteau, alors

-            Je n’ai pas les clous qu’il faut.

Bref, les prétextes étaient nombreux pour rendre le travail impossible à réaliser. Par contre, David avait toujours beaucoup de papier collant !

A part ces surnoms officiels, il y a tous les autres, les innés, ceux que je lui donnais en secret  : l’impatient, l’hyper-actif, le colérique, le nostalgique, et malgré tout cela, l’adorable.

Et dire qu’il me surnommait « l’extra-terrestre » ! Y a pas à dire, il nous manque déjà.

 
 
 

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